Les deux dernières décennies ont connu une expansion sans précédent du marché de l’art. Ce dernier est aujourd’hui devenu un secteur dans lequel les investisseurs tentent de maximiser leurs profits en un laps de temps très court. Les pays occidentaux sont d’ailleurs les premiers à solliciter l’importation d’œuvres d’art sur leur territoire. En 2000, après l’inauguration de la salle des arts primitifs au Louvre, préfiguration du Musée du Quai Branly, plusieurs pièces exposées, achetées à une galerie en Belgique, se sont avérées provenir de fouilles illicites au Niger. M. Chirac dut intervenir personnellement auprès du Président nigérien pour que l’Etat français obtienne un certificat d’acquisition sous forme de prêt, le titre de propriété restant au Niger. Ce document ne permit toutefois pas d’apaiser les critiques et les statuettes durent être restituées.
Peu de pays disposent d’une législation nationale susceptible de protéger leur patrimoine culturel. Lorsque toutefois il en existe une, c’est le manque de ressources qui les empêchent de la faire respecter (Botswana).
Si ce trafic s’avère particulièrement dur à quantifier, le pillage des biens culturels vaudrait entre 2 et 4,5 milliards d’euros. En seconde position après le trafic d’armes et de drogues, le trafic d’œuvres d’art est également encouragé par la corruption et la misère en période de paix. Depuis 1994, ce sont plus de 90 % des sites de Bura (Niger) qui ont fait l’objet de fouilles clandestines. De même, au Pérou, plus de 100 000 tombes ont été pillées(c'est-à-dire la moitié des sites connus). En période de guerre, l’art peut s’avérer être utilisé comme arme. Personne n’a oublié la destruction par les Talibans du Bouddha de Bamiyan en 2001, ni le pillage du musée archéologique de Bagdad après la prise de la capitale irakienne par les Américains en avril 2003. Sur les 170 000 pièces répertoriées avant la guerre, plus de 14 000 auraient été dérobées, et seulement 4 000 restituées ou retrouvées. M. Chirac a qualifié cet acte de "crime contre l'humanité."
Musée archéologique de Bagdad (Irak) :
Photo n°1 : Entrée principale du Musée de Bagdad après les bombardements américains
Photo n°2 : Musin Hasan - Directeur du Musée de Bagdad après le pillage avril 2003
Destruction du Bouddha de Bâmiyân :
Photo n°1 : Bouddha de Bâmiyân avant destruction - © Jean-Marc Payot
Photo n°2 : Taliban après la destruction du Bouddha
Il existe certains instruments juridiques qui protégent les biens culturels.
- La Convention de la Hague (1954) prohibe l’exportation de biens culturels d’un pays occupé (mais elle n’est toujours pas ratifiée par les Etats-Unis et le Royaume-Uni).
- La Convention de l’Unesco (1970) est applicable en temps de paix et son but est de renforcer la solidarité internationale dans la lutte contre le trafic de biens culturels.
- Elle a été complétée par la Convention Unidroit (1995).
- Les professionnels des musées du monde entier doivent également respecter le Code de déontologie professionnel de l’ICOM qui pose des règles strictes tenant à l’acquisition et à la vente d’œuvres d’art.
Au niveau institutionnel, divers organismes à l’instar de l’ICOM, mais aussi de l’UNESCO, INTERPOL entreprennent une lutte permanente contre ce trafic.
Bibliographie :
Dominique Raizon, Trafic d'oeuvres d'art, l'Irak récupère quatre oeuvres volées, 31 juillet 2006, RFI, http://www.rfi.fr/actufr/articles/079/article_45327.asp
X, Interpol, Oeuvres d'art volées, http://www.interpol.int/Public/WorkOfArt/woafaqFr.asp#faq2
Gérard FUSSMAN, Polyeucte et les talibans, dans: Le MONDE, édition du 9 mars 2001
X, Bouddhas de Bâmiyân, Wikipédia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Bouddhas_de_B%C3%A2miy%C3%A2n
Philippe Baqué, Enquête sur le pillage des objets d'art, Le Monde diplomatique, janvier février 2005.
Stephanie Cooper, Illegal International Trade, 2005


















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21.08.07 @ 20:48